Lorsque je l’ai croisée sur le net, je suis tombée en amour avec les lignes pures et la magnifique simplicité des poteries de Marie Brisart. Elle a peut-être éveillé en moi le souvenir un peu flou d’une grand-mère “Granny” devenue céramiste à un âge où d’autres pensent à se reposer.

Ma grand-mère était une guerrière ! Lorsque ma maman s’est mariée et a quitté le plat pays, elle a rejoint les bancs de l’Académie à Anvers entourée de “petits jeunes” alors qu’un sale crabe avait déjà pris possession de son corps mais pas de son talent ni de sa rage de vivre.

Mais je m’égare car aujourd’hui c’est bien Marie Brisart et tout son art que je voudrais vous présenter …

Qui es-tu Marie ?

Je m’appelle Marie Brisart, j’ai 37 ans et je suis maman de trois enfants.

Raconte-nous ton activité.

Je suis artisan potière. Je réalise de la vaisselle utilitaire et, dans une moindre mesure, décorative. Je travaille seule dans mon atelier qui se situe dans mon jardin à Hennuyères (non loin de Bruxelles). Toutes mes pièces sont réalisées de manière artisanale : je les tourne et les émaille avec des émaux fabriqués par mes soins.

Comment devient-on artisan potière ?

A l’âge de 6 ans, mes parents m’ont inscrite dans la section céramique de l’Académie des Beaux- Arts de Boitsfort et je n’ai jamais arrêté de travailler la terre depuis ! Tout de suite, j’ai trouvé au contact de cette matière une grande source de satisfaction et de développement.

Ensuite, un graduat en Arts plastiques (Illustration) et une licence en Anthropologie ont suscité chez moi un vif intérêt pour l’esthétique et pour la question de la culture matérielle.

Est-ce que te lancer dans l’entrepreneuriat était un rêve de longue date ?

J’ai toujours ressenti le besoin de trouver du sens dans ce que je réalisais et, animée par un grand besoin d’autonomie et de solitude, je ressens un très grand plaisir lorsque je peux diriger un projet.

Quelques années dans l’enseignement et dans le monde associatif m’auront donné définitivement l’envie de travailler avec mes mains, de manière plus indépendante et de me tourner vers une activité professionnelle qui ait du sens par rapport à mon vécu.

J’ai alors décidé en 2013 de revenir à la matière qui m’avait tant inspirée pendant mon enfance et de devenir potière. Je voulais pouvoir matérialiser mon identité et mon histoire dans la fabrication de contenants et le choix de la technique du tour n’était pas anodin.

As-tu (eu) des doutes ? 

Régulièrement oui. Les doutes que je rencontre sont de deux types.

Il y a d’abord les questions que toute personne travaillant dans le monde créatif se pose régulièrement quant à la qualité de son travail et à son rôle dans notre monde.

L’autre est un doute plus “malheureux” si je puis dire. Dans notre monde contemporain, régit esentiellement par des lois néo-libérales, il n’y a que très peu de place pour le travail artisanal et culturel. Il est alors très difficile pour les travailleurs de ces secteurs d’être reconnus et de pouvoir gagner leur croute décemment, même s’ils vendent leurs pièces.

Cela engendre chez moi souvent des questions quant à la possibilité de pouvoir continuer à exercer ce fabuleux métier. Mais je suis heureusement toujours rattrapée par des pensées plus optimistes qui me laissent entendre qu’un changement socio-culturel est en marche et l’envie de participer à ce mouvement me reprend inlassablement.

Au niveau personnel, que te rapporte le fait d’être devenue entrepreneure ?

Le bénéfice que m’apporte le fait d’être devenue entrepreneure n’est donc clairement pas financier (rire) mais il est ailleurs et il est très grand.

J’ai toujours accordé de l’importance à la notion de travail que je considère de manière beaucoup plus élargie que celle du travail comme étant une activité humaine et laborieuse exercée en vue d’un échange d’argent et dans le but unique de subvenir à ses besoins.

Je pense, bien au contraire, qu’il y a dans le travail l’accomplissement possible de soi-même et qu’il s’agit d’une noble tâche qui nous permet de nous exprimer intellectuellement, physiquement, créativement et socialement.

Quelques événements de ma vie m’ont fait prendre conscience du fait que je ne serai pas toujours là et j’ai alors ressenti plus que jamais l’impossiblité d’accomplir quotidiennement une activité qui n’ait pas de sens par rapport à mon vécu.

De pouvoir diriger ma “petite fabrique de pots” me permet de pouvoir enfin concilier différents aspects importants de ma vie que je ne parviens pas à compartimenter : mon besoin de concevoir des objets, mes engagements citoyens, ma vie de famille et mon plaisir à rechercher l’esthétique en toute chose.

Peux-tu citer des ressources qui t’ont aidée dans la création et le lancement de ton projet ?

Mon livre préféré (“Prodigieuse créature” de Tracy Chevalier) parle d’une femme qui vivait dans une famille anglaise modeste au 19ème où il n’était néanmoins pas nécessaire qu’elle travaille. Elle s’est adonnée toute sa vie à la recherche des fossiles et s’est passionnée pour ces “prodigieuses créatures” qui remettaient en question les théories de l’époque sur l’origine de la vie.

De manière générale, tous les récits de personnes qui se sont passsionnées pour un objet, qui ont choisi de se donner les moyens d’en approfondir leur connaissance et qui ont ainsi marqué humblement l’histoire, me fascinent.

Quels sont tes meilleurs secrets pour bien communiquer sur son projet ?

Je pense que la question de la communication est essentielle pour qu’un projet professionnel puisse fonctionner !

Il est souvent très difficile de pouvoir parler de son travail, de le mettre en valeur, d’aller vers l’autre pour en parler que ce soit sur les réseaux sociaux ou physiquement. Pourtant, c’est la condition sine qua non pour que ça marche ! Certains projets ne démarrent ou ne décollent jamais alors que les personnes qui les mènent sont extraordinaires, que leur travail est impeccable et que le public visé est existant. Simplement parce qu’on n’entend pas parler d’eux.

Nous disposons à notre époque d’un formidable outil de communication accessible à tous : internet. Je pense qu’il est essentiel d’en user pour augmenter ses chances de se faire connaître. Par ailleurs, j’accorde une grande importance à l’esthétique et je crois que, dans le domaine de la communication plus qu’ailleurs, il est utile d’en user. Un beau logo, une belle page internet, une belle photographie de son travail attire forcément plus le regard que quelque chose de peu réfléchi ou travaillé.

Vis-tu de ton activité ou en as-tu l’intention ?

Mon activité d’artisan potière est ma seule activité professionnelle. Lorsque j’ai décidé de me réorienter dans l’artisanat, il était évident que je ne parviendrais jamais à progresser dans l’activité si je ne m’y adonnais pas complètement. En effet, lorsqu’on a trois enfants, qu’on a envie de faire encore des choses (jardiner, faire à manger correctement discuter avec ses amis et lire), il est selon moi difficile de mener plusieurs professions.

En tous les cas, moi je ne voyais pas comment y arriver… même si je sais que d’autres y parviennent.


Retrouvez Marie sur le net

Son site : www.mariebrisart.com
Sa page Facebook : Marie Brisart Poterie
Son compte Instagram : Marie Brisart

 

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