Il faut une sacrée dose de motivation pour se lancer dans l’édition de son propre projet en matière de littérature jeunesse. A deux, Séverine et Sophie ont déjà gravi cette montagne 6 fois pour lancer leurs 6 premiers cahiers d’activités pour les enfants et leurs parents. De charmants cahiers tout en douceur pour aborder des thèmes chers à l’enfance. Voici leur histoire …

 

Avant de parler de ton activité, si on parlait un peu de toi …

Je m’appelle Séverine Van Herzeele, j’ai 41 ans, et depuis une douzaine d’années je suis passionnée par les albums pour enfants.

Depuis l’enfance, les couleurs font partie de ma vie, mais le formatage de la scolarité et le début de la vie professionnelle m’en avaient quelque peu éloignée. C’est donc à un peu plus de 30 ans, lorsque j’ai suivi un stage d’été à l’académie de Braine l’Alleud, que deux pièces de mon puzzle intérieur se sont emboîtées. Depuis petite, j’aimais les histoires et j’adorais dessiner ou colorier: l’illustration pour enfants est devenue pour moi à ce moment une évidence !

Mais la route a été longue et sinueuse: trouver et suivre des cours dans ce domaine, avoir des enfants, faire les navettes pour aller travailler à Bruxelles, restaurer une maison, entendre les refus des éditeurs…

 

Parle-nous de ton activité.

Avec mon amie Sophie Van Ophalvens, que j’ai rencontrée il y a plusieurs années lors d’ateliers d’illustration, nous venons de créer Kidappy. Il s’agit d’une collection de cahiers d’activités parent-enfant autour de thèmes qui parlent tant à l’enfant qu’à l’adulte : la gratitude, la créativité, le courage, l’instant présent…

 

Quel parcours pour arriver à cette idée d’activité ?

Depuis plus de 3 ans, je réfléchissais à créer des cahiers pour enfants autour des émotions, du bien-être, des cahiers de développement personnel pour enfants en quelque sorte.

Il y a deux ans et demi j’en ai parlé à Sophie, avec qui j’avais beaucoup de points de communs : accouchement physiologique, maternage, parentalité bienveillante. Et nous avons poursuivi la réflexion à deux ! Il faut dire que Sophie est graphiste de métier, branchée sur le bien-être, et elle aussi passionnée d’albums jeunesse. Créer sa propre marque faisait partie de ses rêves.

 

Est-ce que te lancer dans l’entrepreneuriat était un rêve ?

Ce n’est pas un rêve de longue date. Je suis arrivée dans la fonction publique par conviction, j’ai presque toujours travaillé dans le non-marchand. Et observer de près la réalité de la vie d’indépendant de mon compagnon ne me poussait pas forcément à me lancer, même si j’ai une activité complémentaire depuis deux ans.

Mais là pour Kidappy, c’est différent ! Sophie et moi avons créé le concept des cahiers de toute part, mot après mot, rubrique après rubrique. Et naturellement, ni l’une ni l’autre n’avions envie de servir cette idée sur un plateau à un éditeur. Nous avons trop envie de continuer à y transmettre ce que nous avons dans le ventre, sans être censurées par un directeur éditorial ni d’avoir de comptes à rendre sur nos choix de contenu.

 

As-tu (eu) des doutes ?

Bien sûr, il me suffit d’aller par exemple à la Foire du livre jeunesse de Montreuil (Paris) pour avoir le tournis et me demander quelle est ma légitimité, ma plus-value face à tous ces jeunes illustrateurs sortis d’écoles réputées.

En 2016, j’ai introduit un dossier de bourse de préactivité à la Région wallonne, je ne l’ai pas obtenue, ce qui amène naturellement son lot de doutes : sommes-nous de douces rêveuses, est-ce vrai qu’il n’y a pas de marché avéré pour nos produits comme écrit sur la lettre de refus ?

Et puis, lorsque je me penche de façon trop rationnelle sur nos tableaux de bord, le doute n’est pas loin : une petite maison d’édition, comment cela pourrait-il être viable ? Il faut d’abord rétribuer tous les intermédiaires de la chaine du livre avant d’engranger un euro.

 

Au niveau personnel, que t’apporte le fait d’être devenue entrepreneure ?

Le projet est encore tout jeune, mais pour toutes les deux c’est une grande fierté, de pouvoir se dire « oui, on l’a fait ». Ca booste et nourrit la confiance en soi. Les retours de nos jeunes lecteurs et de leurs parents nous font un bien fou, on sent à ces moments-là que l’on contribue vraiment au monde. Idem pour les retours des professionnels de la petite enfance.

 

Peux-tu citer des ressources qui t’ont aidée dans la création et le lancement de ton projet ?

Depuis 12-13 ans, je suis admirative de la maison d’édition « Pour penser », une petite maison très éthique, et qui a, dans les premières, osé publier des livres sur des thèmes encore quasi inabordés pour enfants : l’intuition, la confiance en soi, vivre ses rêves. C’est fabuleux ! Et ils existent toujours J

 

Allez-vous élargir votre gamme ?

Oui nous réfléchissons à un jeu, et à des objets en lien avec nos cahiers.

 

Envisagez-vous des livres numériques ?

Non, pas du tout. Nos cahiers prônent un mode de vie Slow, un retour à des activités simples en famille, sans l’entremise d’un ordinateur ou d’une tablette.

 

Quels seraient tes conseils pour celles qui ont envie de se lancer ?

Tout d’abord, faire ce que l’on aime ! Cela peut sembler une évidence, et oser le faire, même si on se dit que d’autres l’ont déjà fait, ont inventé mieux, etc. On a tous notre place sur terre et donc notre manière de faire les choses touchera des personnes.

Ensuite, je pense qu’il faut prendre le temps de se pencher sur tous les aspects moins glamour, moins valorisants, moins passionnants d’un projet. Dans son livre « Comme par magie » que Sophie et moi avons lu cet été, Elizabeth Gilbert parle de « la tartine de m… » : quelle tartine de m… sommes-nous prêts à manger ? Cela signifie quels points négatifs sommes-nous prêts à supporter pour réaliser un projet. Elle invite ainsi le lecteur à réfléchir à tout ce qu’il est prêt à accepter comme points négatifs par rapport à un métier idyllique.

En ce qui me concerne, en ce moment, c’est le fait de ne plus avoir assez de temps pour être dans la création pure des cahiers suivants, puisque je me consacre essentiellement sur la distribution en points de vente.

 

Avez-vous dû trouver du financement pour démarrer ?

Sophie et moi n’étant pas au chômage, nous n’avons pas eu accès à certains types d’aides ou prêts. J’ai toutefois été accompagnée pendant quelques séances par Solvay Cap Innove, cela nous a bien aidées. Nous avons tenté d’obtenir la bourse de préactivité de la Région wallonne mais sans succès.

 

Quels sont les pièges à éviter quand on se lance ?

Vouloir aller trop vite, être convaincue que son projet va plaire sans le tester suffisamment.

 

Comment envisages-tu tes concurrents ? Ils te font peur ?

Bien sûr, les grosses maisons d’édition sont là et ont d’autres moyens humains et matériels que nous pour créer une collection, mais nous préférons penser qu’il y a une place pour tous.

 

Quels sont tes meilleurs secrets pour bien communiquer sur son projet ?

Nous n’avons pas de secrets si ce n’est que nous voulons réellement transmettre à nos lecteurs notre passion et nos convictions profondes. Nous souhaitons qu’ils nous accompagnent dans notre aventure en nous transmettant leurs retours, avis et conseils et pourquoi pas nous encourager à surmonter les difficultés de l’auto-édition.

Les réseaux sociaux sont pour nous une manière d’être en relation directe avec nos lecteurs.

Sophie a tourné une petite vidéo qui reflète l’esprit et les valeurs de notre projet :

Nous souhaitons créer une véritable communauté de parents désireux de passer du temps de qualité avec leurs enfants et leur offrir, en plus des cahiers, d’autres outils gratuits, des conseils, et de des petits billets souriants pour égayer le quotidien au travers de nos newsletters, posts de bricolages du mercredi sur Facebook, etc.

Par ailleurs, nous prenons le temps de rencontrer personnellement tous nos points de vente, nous leur expliquons notre projet, afin qu’ils puissent mettre un visage derrière nos cahiers et qu’ils transmettent aux mieux nos valeurs à leurs clients.

Les prescripteurs potentiels (presse spécialisée, médecins, thérapeutes, animateurs d’ateliers pour enfants…) reçoivent un dossier.

Quelle place accordes-tu au networking ? Fais-tu partie de réseaux ?

Sophie prend part à différents groupes sur Facebook (bibliothèque bienveillante, parentalité positive…) et travaille régulièrement dans des espaces de coworking. Nous ne nous sommes pas encore affiliées à des réseaux mais avons bien cela en tête (Diane, Mompreneurs…)

 

Arrives-tu à bien t’entourer ? Est-ce que tu te sens seule parfois ?

Oui, nous nous sentons parfois seules à deux ! Etre entrepreneures, cela signifie faire beaucoup de métiers à la fois : le métier lié à son projet proprement dit, puis la gestion, la comptabilité, la communication, les relations avec la presse, etc. Donc inévitablement des métiers que l’on n’a pas forcément déjà effectués dans le passé. Comme nous n’avons pas eu accès à des aides ou coaches, oui cela nous arrive de nous sentir seules et de découvrir des domaines « sur le tas ».

 

Beaucoup de femmes se lancent notamment en espérant mieux concilier vie privée et vie professionnelle. Est-ce cela fonctionne pour vous ?

Sophie est entrepreneure depuis plusieurs années, avant d’avoir eu son enfant. Cela lui apporte effectivement la possibilité de conduire sa fille le matin à l’école, ne pas la laisser en garderie le soir, mais à côté de cela lorsque l’on est entrepreneure, c’est difficile de fermer la porte du bureau le soir, ou éteindre l’ordinateur à une heure raisonnable.

De même, on en arrive parfois à oublier la notion de week-end. En ce qui me concerne je me consacre en théorie à 100% au lancement de Kidappy durant cet automne, mais c’est hélas théorique ! Je pense que c’est assez inévitable lorsqu’on travaille de la maison, d’assumer d’emblée plus de tâches ménagères et logistiques que lorsqu’on a un train à prendre pour aller travailler et un chef au-dessus de nous.

 

Quelles sont les actualités que tu as envie de partager ?

Nous sommes très heureuses d’être sélectionnées pour le marché de créateurs organisé par la Maison du Design de Mons, mi-décembre, et puis nous allons organiser en Brabant wallon une journée parent-enfant avec des séances découvertes de différentes pratiques à instaurer en famille : méditation, massage parent-enfant, journal créatif, land art…

Une journée aux couleurs de Kidappy, avant les fêtes !

Retrouver Kidapy sur le net

https://ww.kidappy.com

https://www.facebook.com/kidappycreationjeunesse/

https://www.instagram.com/kidappy/

https://www.pinterest.fr/Kidappy/

 

Pin It on Pinterest

Et si vous partagiez cet article

Vous pouvez faire découvrir les articles du blog à vos amis. Il suffit d'un clic ;-)