J’ai rencontré Aline (peut-être mieux connue pour vous sous le nom de Belle Ginette) lors d’un week-end dédié aux entrepreneurs. Presque 3 jours pour se challenger, se rencontrer, se poser les bonnes questions et faire avancer nos projets.

Dans mon cas, ce week-end m’a donné l’occasion de comprendre que je ne pourrais pas à la fois lancer mon entreprise et m’occuper à plein temps de l’association belge des Mompreneurs. Ce fut remuant, confrontant, perturbant mais efficace. Aujourd’hui les Mompreneurs ont trouvé leur nouveau souffle avec une équipe au top et j’ai pu consacrer tout le temps nécessaire à mon entreprise pour la lancer et réussir à « la pratiquer à plein temps ».

Mais revenons à Aline ! Elle avait alors un seul Snottneus (comme elle dit) et de grandes ambitions de lancement d’un Café Poussette, totalement en phase avec les tendances du moment et sa vie de jeune maman.
Je la retrouve aujourd’hui avec deux enfants (une petite nana est venue rejoindre la famille) et un emploi en tant que salariée … Mais d’où vient ce petit bug ? Qu’est-ce qui a bien pour se passer pour qu’Aline mette son rêve de côté ?
Aline a accepté de partager son expérience avec vous. Elle nous montre ici que monter son projet peut passer par le renoncement, la transformation ou la temporisation.

 

Aline, parle-nous un peu de toi tu veux bien ?

Avec plaisir. Je suis une jeune femme bruxelloise, née il y a 33 ans sous le signe du poisson, ce qui définit bien ma personnalité un peu duale (pas schizo hein). Je vis avec l’homme de ma vie et nos deux enfants, un petit garçon de 4 ans et une toute petite fille de 4 mois.

J’ai toujours vécu à Bruxelles, une ville à laquelle je suis très attachée et avec laquelle je partage certains points communs. Comme Bruxelles, je crois qu’il faut un peu me connaître avant de m’aimer, comme Bruxelles, je ne suis pas toujours très cohérente ni très uniforme, comme Bruxelles, j’adore boire et manger et comme (beaucoup de gens à) Bruxelles, je suis souvent en retard.

Certaines te connaissent en tant que « Belle Ginette », le nom de ton blog. Tu peux nous en parler ?

Belle Ginette, c’est mon avatar virtuel. Le nom vient de Belginette, petite belge, un surnom que me donnait mon homme, que j’ai virtuellement baptisé Beau Gino.

Belle Ginette ce sont les aventures de la maman bruxelloise que je suis, de mon Beau Gino, de nos deux Snottneus. C’est mon carnet de notes où je couche mes recettes, mes idées de bricolages ou mes états d’âme.

J’aime bien comparer le blog à un zinc de bar où l’on vient papoter, échanger des recettes de cuisine, des idées de DIY, des bons plans avec ou sans enfants, raconter ses vacances mais aussi, dire quand on le cœur gros ou léger. Il y a un peu de tout chez Belle Ginette mais il y a beaucoup de moi puisque je veille à ce que le contenu de mes articles, qu’ils soient d’humeurs ou de cuisine, reste authentique et unique.

Le blogging c’est important pour toi ? Pourquoi ?

Au début le blog a eu beaucoup d’importance et surtout dans mon emploi du temps. J’essayais de suivre un rythme soutenu de publications, d’attirer des lecteurs ou plutôt “des likes” sur les réseaux sociaux. Cela devenait chronophage et peu efficace.

Alors après mon centième article, j’ai décidé d’accorder une autre importance au blog, d’écrire un peu moins mais un peu mieux et à vrai dire d’écrire avant tout pour moi, quand j’en ressens le besoin et l’envie. Le blogging est donc important pour moi mais ça reste avant tout un loisir. Cependant, écrire des articles d’humeur m’aide à mieux appréhender mes sentiments et mes émotions. Ça m’aide à calmer une surémotivité qui tempête à l’intérieur de moi.

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Revenons sur ton projet de Café Poussette. Quel était ton rêve ?

Ohlala quand j’y repense J

L’idée m’est venue après mon premier congé maternité qui s’est déroulé en automne. Habitant à l’époque dans un appartement d’un quartier animé à Ixelles, j’ai passé 4 mois à écumer les salons de thés, les restaurants, les petits cafés, à lire des livres (des westerns en l’occurrence) en buvant du thé et en mangeant des gâteaux, seule avec ma poussette ou avec des copines qui se libéraient pour l’occasion.

Quand un bébé est petit, c’est assez facile, on va partout avec lui. C’est toujours mieux quand il y a une table à langer dans les toilettes mais néanmoins de 0 à 6 mois, un bébé s’exporte facilement.

Par contre après c’est une autre histoire ! Si les parents veulent sortir de chez eux le weekend avec leurs enfants, aller bruncher, manger, boire un café ou autre, ce n’est pas évident de trouver des endroits kids friendly à Bruxelles, où l’on peut se poser pendant plusieurs heures. En tout cas il y a 4 ans, l’offre n’était pas très étoffée.

Depuis lors, le garage à manger à Ixelles, la tricoterie à Saint-Gilles, Chicago à Bruxelles-ville, La Fabbrica à Tour&Taxis sont devenus des chouettes endroits ou atterrir avec des kids mais ça reste encore limité.

Mon rêve était donc de proposer un espace d’une certaine envergure où les familles pourraient se retrouver avec des (tout) petits enfants, avec à leur disposition ce dont ils pourraient avoir besoin pour leur marmailles et bien plus encore : espace toilette adapté, animations, ateliers, boutique, service babysit, permanence coiffeur pour les petits, service manucure pour les mamans …. Le tout dans un endroit cool à la déco sympa. Une sorte de mix entre le Café du Sablon et Youplaboum.  Voilà, c’était ça mon idée de café Poussette.

Et mon rêve, c’était de revenir à une activité professionnelle plus opérationnelle, d’être debout, dans l’action et pas derrière un bureau où j’ai difficile à me concentrer plus de 50 minutes. Le statut d’indépendante n’était pas ce qui me bottait le plus. Non, ce que je voulais c’est que mon métier, ce soit d’accueillir les gens et de les faire se sentir bien. Servir des cafés, organiser des ateliers, dire bonjour et au revoir à mes clients.

Qu’as-tu mis en place pour accéder à ce rêve ?

Cette envie professionnelle venait surtout d’un mal-être dans la position où j’étais auparavant. Je me sentais inutile et j’avais surtout la sensation de tourner en rond.

Avant de poursuivre un tel projet, il fallait d’abord que je lève le nez de mon guidon et que je fasse le point sur ce que je voulais mais aussi sur ce que je pouvais. Physiquement, financièrement, familialement parlant.

J’ai donc posé un congé de longue durée et je me suis donnée 1 an pour mettre sur pied mon projet ou repartir à zéro. Cette année sabbatique a été l’une des plus enrichissantes de ma vie, pas sur le plan financier mais bien sur le plan personnel. J’ai beaucoup appris sur ce qui m’importe et j’ai eu l’occasion de voir l’envers du décor de l’entreprenariat dont on dit beaucoup de bien mais dont on taît aussi beaucoup de mal.

Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

Durant les 6 premiers mois de cette année sabbatique, avec mon ex-future associée (qui entre-temps est devenue une amie), nous nous sommes attelées à l’élaboration de notre business plan et notamment avec le soutien de super structures telles que Village Partenaire, mais aussi Féminin PME ou encore Impulse.

C’est grâce à eux qu’on a ouvert les yeux : notre projet, tel qu’on l’imaginait, nécessitait d’investir un lieu suffisamment grand et surtout, situé dans un quartier stratégique. Nous n’avions pas les reins assez solides financièrement parlant.

Dans le courant de l’été, alors que j’avais revu mes ambitions à la baisse et envisageait la possibilité d’un magasin de puériculture alternative, un de mes « anciens » collègues m’a proposé de revenir travailler sur un tout autre projet, pour le même employeur mais dans un autre service. Le doute s’est immiscé dans mon esprit et la pesée du pour et du contre m’a pris la tête pendant toutes les vacances. Les deux projets étaient excitants mais en toute honnêteté, ce qui m’a fait trancher, c’est mon désir d’un deuxième enfant. Si ma première grossesse s’était déroulée sans encombre, rien ne me garantissait qu’il en irait de même pour la seconde. Seule dans ma boutique, comment aurais-je fait si, enceinte, j’avais dû être mise au repos, alitée ou pire encore, si j’avais accouché prématurément ?

Autant de questions que je me suis posées et pour lesquelles je n’ai récolté que des haussement d’épaules assortis à des regards désolés : ah oui, l’entreprenariat féminin… On parle de beaucoup de choses, de la confiance en soi, de la maternité, mais quid pendant la grossesse ? Surtout si le projet nécessite une présence physique selon un horaire bien précis (comme c’est le cas dans une boutique).

Bref, un an après avoir pris cette décision, je suis tombée enceinte et chaque mois de ma grossesse m’a donné raison : décollement placentaire, fatigue chronique, maux de dos, insomnies, et finalement, ouverture prématurée du col et mise à l’arrêt 8 semaines avant la date du terme. Même si ça n’a pas dû être facile pour mon équipe (et aussi parce que personne n’est indispensable), j’ai pu me permettre le luxe de ne me soucier que de la santé de mon bébé, ce qui aurait été impensable si j’avais ouvert un café-poussette ou une boutique, seule de surcroît.

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Est-ce que c’était une décision difficile à prendre ?

Oui. Ça a été la plus difficile.

La décision de retourner au salariat est bien plus complexe que celle de le quitter.

On met de côté ses rêves, même ils étaient remplis d’utopie, on ravale un petit coup de fierté aussi, on baisse quand même un peu la tête. Et bien que la décision fut nettement plus dure à prendre et à assumer, personne ne m’a applaudi (à part ma maman, un peu inquiète de mon avenir professionnel) contrairement aux nombreux encouragements que j’avais reçus quelques mois plus tôt.

Néanmoins, l’année qui a suivi, j’ai réalisé deux autres rêves, pas professionnels mais des rêves quand même : fonder une fratrie et la faire grandir dans une maison qui accueillera autant de famille que d’amis.

N’as-tu pas d’autres envies d’entreprendre ?

Si bien-sûr. Mes envies d’entreprendre sont toujours là. Je les ai mises au frigo, une habitude bien connue en région bruxelloise J

J’ai toujours envie d’entreprendre et j’ai quelques idées que je muris bien à mon aise, un peu plus axées sur un mode de consommation plus durable. L’idée d’un restaurant ou plutôt d’une cantine me trotte aussi dans la tête et me permettrait de mettre en pratique mon expérience dans l’horeca.

Mais pour l’instant je veux rester disponible pour le projet sur lequel je travaille depuis deux ans et surtout pour les premières années de vie mes enfants. Je veux pouvoir quitter le boulot séance tenante – ou presque – si l’école ou la crèche m’appelle. Je veux pouvoir télétravailler quand ils sont malades, je veux pouvoir fermer mon ordinateur le vendredi soir et ne l’ouvrir le weekend que pour rédiger des articles pour mon blog.

J’ai enfin trouvé un équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie privée. Pour l’instant il me convient à merveille et il sera toujours temps, quand les snottneus seront plus grands, de les laisser vivre leur vie pour vivre la mienne.

Quels sont tes conseils pour celles qui ont envie d’entreprendre ?

Mon conseil numéro est de bien s’entourer : savoir sur qui on peut compter au niveau personnel (conjoint, famille, amis … etc.) mais aussi au niveau professionnel : village partenaire, impulse ou d’autres initiatives visant à soutenir l’entreprenariat.

Ensuite, rêver c’est bien, appliquer c’est mieux. Et même si ce n’est pas tout, il faut d’abord raisonner en termes de chiffres : mon activité sera-t-elle rentable ? Et si oui à quelles conditions ?  L’entrepreneuriat c’est super mais il faut pouvoir vivre de son activité, sans que cela mette en danger son équilibre personnel et familial.

Et pour terminer, aller à la rencontre de toutes les expériences possibles : demander des rendez-vous, autour d’un café ou d’un lunch pour écouter l’expérience des autres voire même leur avis.

C’est une mompreneur bienveillante qui m’a aidée à me remettre les yeux en face des trous. Elle se reconnaîtra surement et j’en profite pour lui dire merci !

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